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Journal d’une anorexique

Journal d’une anorexique

Un p’tit matin comme un autre tu te réveilles, ton bon p’tit café, ta danoise; tes cheveux tout ébouriffés et ta revue à la main dans ton La-Z Boy, le confort total... et BANG! Miss blondie, grande blonde, jambes de gazelles parfaites, p’tite taille zéro en p’tite lingerie sans aucun défaut sur son corps : même pas un p’tit pli. Damn, hein… D’un coup tu as envie de la recracher ta danoise.

Entre toi et moi, tu te sens vraiment horriblement laide; tu te disais que tes imperfections tu les acceptais super bien, que peu importe ta taille tu étais heureuse. Jusqu’à ce matin; ce matin qui changea ta vie...

Non-stop tu regardes Miss blondie du magazine, non-stop tu te demandes comment elle fait et tout déboule dans ta tête.

Tu essayes de te convaincre que Photoshop a fait son oeuvre sur elle, mais tu t’entêtes à croire que cette femme parfaite, c’est bien elle. Pis là tu te dis que peu importe comment elle a fait pour être aussi parfaite, avec ou sans Photoshop, tu y arriveras toi aussi.

Là tu réalises qu’un énorme dérèglement se passe dans ta tête, tes émotions deviennent impossible à gérer tout ce que tu veux c’est être mince. Tu as aucune idée de comment tu vas y arriver, mais il faut que ça se fasse vite. Tes vrais objectifs de vie et l’évolution de ta carrière prennent le bord, un seul objectif : être mince.

Fake là, dans ton La-Z Boy, tu commences tes recherches sur internet, googler du genre comment être mince rapidement, tu lis full articles sur les pertes de poids rapide pis là, belle fille, tu réalises qu’il y en aura pas de facile. Mais ça tu t’en fout maintenant, car tout ce que tu veux c’est arriver à ton objectif.

Les régimes, les régimes et encore les régimes. Tu les suis à la lettre, t’arrives même pas à expliquer comment tu fais pour te priver des plaisirs gastronomiques, mais chose certaine tu y arrives. Tu suis le régime à 100% plus le gym. Lui, c’est rendu ton best friend.

Fille, tu vois même plus le temps passer. Tu te pèses chaque jour. Tu es rendue avec cette obsession qui envahit ta vie. Tu te trouves les pires excuses pour ne pas sortir avec tes amies, car tu sais trop bien qu’au resto ton régime ne te suivra pas.

Tu veux surtout pas que les gens te posent des questions, donc tu restes seule chez toi et commences à te renfermer de plus en plus, lentement tu descends au bas fond.

À force de monter sur la balance chaque jour, tu n’arrives plus à voir si tu maigris. Là tu te dis que le processus ne va pas assez vite, pis la, ma belle, tu fais une recherche qui changera ta vie à tout jamais...

 

 

Chère Boulimie...

Les images, les vidéos défilent sous tes yeux. Tu le sais au fond de toi que cette méthode peut te tuer, mais tu es tellement mindée à être Miss Barbie que le danger de cette maladie te passe dix pieds par-dessus la tête.

Ma belle fille, j’aurais tellement aimé être à tes côtés, te dire de ne surtout pas embarquer dans ce cauchemar. J’te l’jure, j’aurais voulu t’arrêter.

Jour 1 : Tu te lèves comme à l’habitude avec tes parents, tout le monde fait sa p’tite routine. Tout semble bien aller, tu te retrouves seule à la maison tout le monde à quitter pour le travail, et à cet instant ton enfer commence.

Selon la vidéo tu doismettre tes doigts bien loin dans la bouche, et ça a l’air que la nourriture en sortira. Wash, hein… L’énergie que ça prend à ton pauvre corps que tu es en train de détruire tranquillement, mais bon… il faut ce qu’il faut, que tu te dis.

Ça te dégoute, mais tu y arrives. Premier essai, rien n’en ressort. Tu recommences en pensant à Miss blondie, et cette fois tu entres tes doigts bien loin au fond de ta gorge. Tu en pleures tellement c’est douloureux, mais bingo... toute la nourriture en ressort.

Tristement, un côté de toi sait que ce n’est vraiment pas bon, mais d’un autre côté t’es tellement satisfaite. Merde hein, ma belle fille tu descends vraiment bas.

Tu vas à tes cours, tu vois tes amies et tu vas au gym. Tes proches sont tellement fiers de toi, car pour eux tu es une source d`inspiration : à leurs yeux tu manges bien et tu t’entraines très fort pour maigrir. Ils ont aucun doute de ce qu’est ta vraie réalité.

Les jours passent et ta routine est toujours la même. Tu as vraiment maigri. Manger et te faire vomir par la suite est devenue une routine et tu es heureuse, car jour après jour tu approches de ton objectif... Miss Barbie.

Damn girl, si seulement tu savais à quel point tu descends en enfer, si seulement tu le savais...

Tu es tellement fière que ton linge soit rendu trop grand. La satisfaction que tu as de t’habiller dans les petites tailles… Ouf, ça alimente encore plus ton vouloir d’être miss Barbie. Ça va pas ben!

Déjà 3-4 mois que tu tough, tu te trouvais dont ben forte de cacher ce lourd fardeau...mais tu le savais un jour que ton secret allait te rattraper...

 

 

Détresse psychologique

Tes amies et ta famille sont pas cons, hein! Après tout ce temps, ils t’ont mis au pied du mur, pis là, ma belle, tu es tombée en sanglots.

Les bras de ta p’tite maman te manquaient. Elle te serre dans ses bras tellement fort que tu as mal, car ton p’tit gras; tu en as plus...

Tu es tellement maigre, tes couches de linge qui te faisaient paraitre plus grosse : gone. Mot pour mot : tu es carrément dénudée face à la vie. Tes proches sont anéantis de ne pas avoir vu la situation dégénérer, les remords prennent le dessus, ça va vraiment pas ben.

Mais la c’est ben beau que maman, famille et amis soient au courant, sauf que ta maladie mentale elle ne va pas s’arrêter just like that, hein fille.

Tu pensais qu'il y aurait un stress de moins en sachant que les gens qui sont chers à tes yeux t’appuient, mais non; cette énorme pression que, sans le vouloir, ta mère t’impose : elle te fait plein de beaux petits plats homemade, like you used to love.

Elle veille sur toi chaque jour, mais elle réalise aucunement que ça t’étouffe. Tu essaies du mieux que tu peux de manger, mais 2 ou 3 bouchées par-ci par-là pour être sûr de ne pas mourir affamée. Sans oublier ta session d’exercice qui maintenant se limite à un p’tit jogging le soir, disant à ta famille que tu as juste besoin d’air.

 

Cher inconnu

Donc tu es rendue là, hein, assise devant un pur inconnu à te demander ce que tu fous là, partant dans l`optique que lui il es payé pour t'écouter, ça part ben mal hein... Mais tu as tellement détruit le coeur de ta famille, qu’accepter un rendez-vous chez un psy était le premier move vers la guérison.

Tu sors de cette heure bredouille : aucun résultat valide pour toi, juste un p’tit move pour faire plaisir à ta famille.

Tu retournes à tes cours, mais tu n’écoutes absolument rien : tu ne fais que dormir. Tes amies essaient de te parler sur les heures de pause, mais tu veux rien savoir : tu veux juste la maudite paix. Tu as vraiment pu aucune énergie à donner aux gens. Le goût de vivre disparait lentement, miss Blondie t’a vraiment tuée.

Quelque semaine ont passées, et jamais tu es retournée en classe. Ta famille ne sait plus quoi faire.

Tu les aimes tellement, mais sans le vouloir tu leurs cries toujours après, tu es rendue tellement agressive et colérique, cette maladie mentale qu’est l’anorexie t’as vraiment démolie ma belle, même pas 100 lbs à 24 ans, damn girl!

 

Décente en enfer!

Fake là, un bon soir, tes parents vont marcher. Les pauvres on besoins de respirer. Ton presque 100 lbs et toi devez être seuls dans la maison, et tu es affamée.

T’arrives même plus à te rappeler quand était la dernière fois où tu as mangé un repas complet selon le guide alimentaire du Québec...

Tu décides donc de manger tout ce que tu trouves à portée de main. Tu manges tellement vite que tu ne prends même pas le temps de gouter à rien : tu t’empiffres tellement.

Tu sais que tu dois faire ta séance de boulimie vite, car tes parents vont revenir bientôt.

Trip de bouffe done, tu y vas : allez, les doigts dans la bouche et voilà. T’as mal, fille, tu as tellement mal.

Ça sort sans arrêt depuis bientôt une année, tes dents sont rendu noires, ton estomac te fait tellement mal et tu pleures tellement fort.

Ma belle fille, tu es vraiment sur la dérive de la mort, and next thing you know...

 

La mort de si près

Waking up at the hospital.

Pire mal de tête ever, tu es étendue sur ce lit tellement perdue et branchée à des fils, tu le sais que là ça va vraiment pas, tu pensais avoir vu le fond il y a de ça quelques mois...

La pièce est noire, seulement le monitor t’éclaire. Ton coeur bat : bon signe.

Discrètement, le docteur rentre dans la chambre. Il te parle calmement. Il t’explique tout ce que tu fais subir à ton corps depuis des mois.

Chacun de ses mots te blesse au plus profond de ton être; t’arrive juste même pas à comprendre how the fuck you got so far; tu peux juste même pas t’empêcher de verser des larmes. Ton corps est beaucoup trop brûlé pour pleurer à chaudes larmes.

Tu te tournes vers la fenêtre de ta chambre et y voit ta famille. Ils te regardent tous les yeux coulants, pis à ce moment précis tu réalises vraiment : tu réalises vraiment l’enfer d’une vie de Barbie.

 

L’obsession d’une taille 0

Fake là, pour conclure ce texte, c’est moi qui vous parle : une ancienne anorexique, boulimique et addict d’une taille Barbie.

Un bon matin il y a déjà 4 ans de cela, c’était moi qui était assise dans mon La-Z Boy avec mon café, ma danoise et ma revue à la main...

Miss Barbie m’a tuée. Je voulais tellement lui ressembler.

J’étais comme toi : je m’acceptais full, je mordais dans la vie à pleines dents, et boom l’instant d’une photo m’as tué.

Je suis tombée tellement, mais tellement bas. J’ai tué ma famille à p’tit feu, je me suis moi-même tuée, jusqu’à être hospitalisée.

On pense que jamais on s’en sortira, on veut tellement être mince, on pense qu’être mince va nous rendre heureuse...

Nuance ici : je ne suis pas en train de dire qu’il ne faut pas prendre soin de nous-mêmes, bien au contraire, mais l’amour propre de soi ne va pas simplement dans le physique, mais bien dans la tête.

  1. Ben oui, c’est là qu’on est rendu. On peut dire qu’un peu de progrès a été fait sur les critères de beauté. Les formes des femmes, on les accepte de plus en plus. Mais le progrès, il en reste encore beaucoup, tellement trop.

On s'en va où dans ce monde? D’où partent les standards de beauté? Qui a le pouvoir de ce permettre d’émettre ces critères?

À toi, peu importe qui tu es, peu importe ta taille de jeans. À toi qui lis chacun des mots de ce texte : aime-toi.

Aime-toi comme personne ne saura t’aimer, et peu importe le calvaire dans lequel tu es, peu importe la maladie qui essaie d’avoir le contrôle sur ta vie : lâche pas la patate, lâche la surtout pas parce que j’te l’jure : elle est belle la vie.

La vie, elle est belle.

Signé : une femme taille 8



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